DE TELEMAQUE. Liv. X. 163liens, chacun est couvert de quelque peau de bête farouche qu'il atuée ; ils portent des massuës pleines de gros nœuds, & garnies depointes de fer ; ils sont presque de la taille des Géants, & leurscorps se rendent si robustes par les exercices pénibles ausquels ils s'a-donnent, que leur seule vue épouvante. Les Locriens venus de laGréce sentent encore leur origine, & sont plus humains que les au-tres : mais ils ont joint à l'exacte discipline des troupes Grecques, lavigueur des Barbares, & l'habitude de méner une vie dure, ce quiles rend invincibles : ils portent des boucliers legers qui sont faitsd'un tissu d'ozier, & couverts de peaux ; leurs epées sont longues.Les Brutiens sont legers à la course comme les cerfs, & comme lesdaims. On croiroit que l'herbe même la plus tendre n'est point fou-lée sous leurs pieds ; à peine laissent-ils dans le sable quelques tracesde leurs pas. On les voit tout à coup fondre sur leurs ennemis, &puis disparoître avec une égale rapidité. Les peuples de Crotonesont adroits à tirer des flèches. Un homme ordinaire parmi les Grecsne pourroit bander un arc tel qu'on en voit communément chez lesCrotoniates; & si jamais ils s'appliquent à nos jeux, ils y rempor-teront les prix. Leurs flèches sont trempées dans le suc de certainesherbes venimeuses, qui viennent, dit-on, des bords de l'Averne,& dont le poison est mortel. Pour ceux de Nérite, de Messapie,et de Brindes, ils n'ont en partage que la force du corps, & unevaleur sans art. Les cris qu'ils poussent jusqu'au Ciel à la vuë deleurs ennemis sont affreux. Ils se servent assez bien de la fronde,& ils obscurcissent l'air par une grêle de pierres lancées, mais ilscombattent sans ordre. Voilà, Mentor, ce que vous désirez desavoir. Vous connoissez maintenant l'origine de cette guerre, &quels sont nos ennemis.Après cet éclaircissement, Télémaque impatient de combattre,croyoit n'avoir plus qu'à prendre les armes. Mentor le retint encore, et parla ainsi à ldoménée : D'où vient donc que les Locriensmêmes, peuples sortis de la Gréce, s'unissent aux barbares contreles Grecs ? D'où vient que tant de Colonies fleurissent sur cette cô-te de la mer, sans avoir les mêmes guerres que vous à soutenirX 2
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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163
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