128 LES AVANTURESne voyoit plus aucun reste de cette beauté qui avoit fait le malheurde tant d'hommes; toutes ses graces étoient effacées; ses yeux é-teints rouloient dans sa tête, & jettoient des regards farouches. Unmouvement convulsif agitoit ses lévres, & tenoit sa bouche ouverted'une horrible grandeur. Tout son visage tiré & retreci faisoit desgrimaces hideuses; une pâleur livide, & une froideur mortelle avoitsaisi tout son corps; quelquefois elle sembloit se ranimer, mais cen'étoit que pour pousser des hurlemens. Enfin elle expira, laissantremplis d'horreur & d'effroi tous ceux qui la virent. Ses manes im-pies descendirent sans doute dans ces tristes lieux, où les cruellesDanaïdes puisent éternellement de l'eau dans des vases percez ; oùIxion tourne à jamais sa rouë; où Tantale brûlant de soif, ne peutavaler l'eau qui s'enfuit de ses lèvres; où Sisyphe roule inutilementun rocher qui retombe sans cesse; & où Titie sentira éternellementdans ses entrailles toujours renaissantes, un vautour qui les rongerBaléazar délivré de ce monstre, rendit graces aux Dieux pard'innombrables sacrifices. Il a commencé son régne par une con-duite toute opposée à celle de Pygmalion. Il s'est appliqué à fairerefleurir le commerce, qui languissoit tous les jours de plus enplus ; il a pris les conseils de Narbal pour les principales affaires, &n'est pourtant pas gouverné par lui ; car il veut tout voir par luimême. Il écoute tous les différens avis qu'on veut lui donner, &décide ensuite sur ce qui lui paroît le meilleur. Il est aimé des peu-ples. En possédant les cœurs, il posséde plus de trésors que son pé-re n'en avoit amassé par son avarice cruelle ; car il n'y a aucune fa-mille qui ne lui donnat tout ce qu'elle a de bien, s'il se trouvoitdans une pressante nécessité : ainsi ce qu'il leur laisse est plus à luique s'il le leur ôtoit. Il n'a pas besoin de se précautionner pour lasureté de sa vie ; car il a toujours autour de lui la plus sure gar-de, qui est l'amour des peuples. Il n'y a aucun de ses Sujetsqui ne craigne de le perdre, & qui ne hazardât sa propre vie pourconserver celle d'un si bon Roi. Il vit heureux, & tout son peu-ple est heureux avec lui ; il craint de charger trop ses peuples, sespeuples craignent de ne lui offrir pas une assez grande partie deleurs
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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