DE TELEMAQUE. Liv. VII. 115un endroit de l'Isle où le rivage de la mer étoit escarpé; c'étoit unrocher toujours battu par l'onde écumante. Ils regardérent de cette hauteur si le vaisseau que Mentor avoit préparé, étoit encoredans la même place : mais ils apperçurent un triste spectacleL'Amour étoit vivement piqué de voir que ce vieillard inconnunon seulement étoit insensible a ses traits, mais encore qu'il lui enlevoit Telémaque. Il pleuroit de dépit, & alla trouver Calypsoerrante dans les sombres forêts : elle ne put le voir sans gémir, &elle sentit qu'il rouvroit toutes les playes de son cœur. L'Amourlui dit : Vous êtes Déesse, & vous vous laissez vaincre par un foi-ble Mortel, qui est captif dans votre Isle ? Pourquoi le laissez-voussortir ? O malheureux Amour ! répondit-elle, je ne veux plus é-couter tes pernicieux conseils : c'est toi qui m'as tirée d'une douce& profonde paix pour me précipiter dans un abîme de malheurs.C'en est fait, j'ai juré par les ondes du Styx, que je laisserois par-tir Telémaque. Jupiter même le pére des Dieux avec toute sa puis-sance n'oseroit contrevenir à ce redoutable serment. Telémaque,sors de mon Isle : sors aussi, pernicieux Enfant, tu m'as fait plusde mal que lui.L'Amour essuyant ses larmes, fit un souris moqueur & malin.En vérité, dit-il, voilà un grand embarras; laissez-moi faire, sui-vez votre serment, ne vous opposez point au départ de Telémaque.Ni vos Nymphes ni moi n'avons juré par les ondes du Styx de lelaisser partir. Je leur inspirerai le dessein de brûler ce vaisseau queMentor a fait avec tant de précipitation. Sa diligence qui vous asurpris, sera inutile. Il sera surpris lui-même à son tour, & il nelui re$tera plus aucun moyen de vous arracher Télémaque.Ces paroles flateuses firent glisser l'espérance & la joie jusqu'aufond des entrailles de Calypso. Ce qu'un Zéphir fait par sa fraî-cheur sur le bord d'un ruisseau pour délasser les troupeaux languis-sans, que l'ardeur de l'Eté consume, ce discours le fit pour appai-ser le désespoir de la Déesse. Son visage devint serein, ses yeuxs'adoucirent, les noirs soucis qui rongeoient son cœur, s'enfui-rent pour un moment loin d'elle. Elle s'arrêta, elle sourit, elleP 2fla-
Druckschrift
Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
Entstehung
Seite
115
Einzelbild herunterladen
verfügbare Breiten