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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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40 LES AVANTURESvec six gros verrouils, sont le lieu il se renferme. On ne saitjamais dans laquelle de ces chambres il couche, & on assure qu'ilne couche jamais deux nuits de suite dans la même, de peur d'ytre égorgé. Il ne connoît ni les doux plaisirs, ni l'amitié encoreplus douce. Si on lui parle de chercher la joie, il sent qu'elle fuitloin de lui, & qu'elle refuse d'entrer dans son cœur. Ses yeux creuxsont pleins d'un feu âpre & farouche ; ils sont sans cesse errans detous cotez. Il prête l'oreille au moindre bruit, & se sent tout é-mu ; il est pâle, défait, & les noirs soucis sont peints sur son visage toujours ridé. Il se tait, il soupire, il tire de son cœur deprofonds gémissemens, il ne peut cacher les remords qui déchirentses entrailles. Les mets les plus exquis le dégoûtent : ses enfans loind'être son espérance, sont le sujet de sa terreur; il en a fait ses plusdangereux ennemis : il n'a eu toute sa vie aucun moment d'assuréil ne se conserve qu'à force de répandre le sang de tous ceux qu'ilcraint. Insensé, qui ne voit pas que la cruauté à laquelle il se con-fie, le fera périr ! Quelqu'un de ses domestiques aussi défiant que luise hâtera de délivrer le monde de ce monstre.Pour moi je crains les Dieux : quoi qu'il m'en coûte, je ſerai fi-déle au Roi qu'ils m'ont donné. J'aimerois mieux qu'il me fit mou-rir que de lui ôter la vie, & même que de manquer à le défendre.Pour vous, ô Télémaque, gardez-vous bien de lui dire que vousêtes le fils d'Ulysse : il espéreroit qu'Ulysse retournant à Ithaque,lui payeroit quelque grande somme pour vous racheter, & il voustiendroit en prison.Quand nous arrivâmes à Tyr, je suivis le conseil de Narbal, &je reconnus la vérité de tout ce qu'il m'avoit raconté. Je ne pouvois comprendre qu'un homme se pût rendre aussi misérable quePygmalion me le paroiſſoit.Surpris d'un spectacle si affreux & si nouveau pour moi, je disois en moi-même : Voilà un homme qui n'a cherché qu'à se rendre heureux, il a cru y parvenir par les richesses & par une autori- absoluë ; il posséde tout ce qu'il peut désirer, & cependant ilest misérable par ses richesses & par son autorité même. S'il étoitBer-