II. I. PARTIE DE LA PERSPECTIVE PRATIQVE,.DE L'HORIZON.Horizon, en l'art de Perspectiue, n'est autre chose qu'vne ligne quenous donne la hauteur de nostre œil dans le tableau : de façon que si noussommes esleuez comme est le premier homme, nostre horizon sera haut:si nous ne sommes que de nostre hauteur, comme le deuxiesme homme, ilLne sera que de nostre hauteur; & si nous sommes couchez, ou assis, comme le troisies-me, nostre horison sera bas: tellement que l'horison monstre de combien l'œilest esleué de terre. Et se hausse ou baisse selon que l'œil du regardant est plus ou moinsesleué.C'est la piece principale du tableau, & qui doit donner l'ordre à tout le reste, tantpour la pante des bastimens & architectures, que pour les mesures & hauteurs des figu-res. Ce qui a causé vne petite dispute entre les meilleurs Peintres: car les vns disent qu'ilfaut que tous les tableaux ayent leur horizon dans œuure, & que la Perspectiue permetqu'vn tableau bien esleué au dessus de l'œil, porte son horizon particulier. Les autres neveulent point ce second horizon, & se seruent tousiours du naturel, en quelque lieu quesoit mis le tableau, s'imaginant que toute la hauteur & largeur qu'ils ont deuant eux estcomme vn grand tableau, duquel celuy qui est esleué en effect doit prendre ses mesures.L'honneur que ie porte aux vns & aux autres, ne me permet pas d'en determiner, veuque plusieurs bons Autheurs les ont soufferts tous deux. Mais si l'on me presse de diremon sentiment, ie diray franchement que ie suis de l'aduis des derniers, à raison quetout ce qui eſt au tableau y paroiſt plus naturel.Cette ligne porte tousiours les poincts de veuë, de distance, & quelquefois les contin-gents ou accidentaux: bref c'est celle qui separe le ciel de la terre, & qui borne la veuë;elle est tousiours parallele au bas du tableau, ou plan sur lequel l'objet est assis; d'où ilappert qu'on ne peut mettre aucune chose pardessus l'horizon, qui ne surpasse la hau-teur de l'œil. Que si l'objet est si haut qu'il passe cet horizon, il arriue neantmoins sou-uent que le plan du mesme objet est au dessous ; comme par exemple, vn arbre ou vnemontagne peut bien auoir sa cime au dessus de l'horizon; mais neantmoins le pied eneſt aſſes ſouuent plus bas.Tout ce qui est au dessous & plus bas que l'horizon fait paroistre son dessus, & aussi-tost qu'on le passe on ne peut plus le voir. Exemple, les deux pieces posées sur le fonde-ment de la premiere figure AB, monstrent leur dessus, parce que l'horizon est au dessus;celles de la deuxiesme figure DC, ne le monstrent pas, & si elles sont quasi en mesmeligne; à plus forte raison celles de la troisiesme EF, le doiuent moins monstrer puisqu'elles le passent de beaucoup; elles sont neantmoins aussi hautes les vnes que lesautres, c'est donc l'horizon qui cause cette difference.S'il n'y a quelque obligation raisonnable, il faut tousjours garder l'horizon naturel,c'est à dire de cinq pieds de Roy ou enuiron pour sa hauteur, principalement aux Pers-pectiues ordinaires ou cette hauteur est necessaire pour donner les veritables apparen-ces des objets qu'on y tracera: autrement il y aura de grands defauts, & l'œil n'en serapas si bien trompé.
Einzelbild herunterladen
verfügbare Breiten