DES PEINTRES. 123Cependant Dufrénoy fut obligé departir de Rome en 1653. Les véritablesartistes sont ordinairement pénétrés deleur art, & ne connoissent malheureuse-ment ni leurs affaires ni leurs intérêts,ils ſentent tout au plus quelques remordsde les avoir négligés: mais ces remords$ont des peines infructueu$es, ils les re$-sentent sans être plus en état de s'en cor-riger dans la suite. Le grand homme dontje ne puis m'empêcher de parler ici, étoittourmenté de ces sortes de négligences,plus qu'aucun artiste ne le fut jamais ; &sacrifiant tout au progrès de ses connois-sances, les affaires de famille qui le rap-pelloient à Paris, avoient été capables delui faire quitter Rome, mais elles ne l'em-pêcherent point de paſſer auparavant àVenise, où tout pressé qu'il étoit, il fitun séjour de dix-huit mois. Il écrivit àMignard des lettres, où dans son enthou-siasme à la vûe des trésors de couleur queVenise lui présentoit à chaque instant, ilinvitoit son ami à venir au plûtôt parta-ger avec lui le même plaisir. Mignard
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