LE POUSSIN.
390 ENTRETIENS SUR LES VIEStoire qu'il traite, il avoit besoin des partiesnecessaires à un poëme, afin de passer del'infortune au bonheur. L'on voit que cesgroupes de differentes per$onnes qui font di-verses actions, sont comme autant d'épiso-des qui $ervent à ce que l'on nomme peripe-ties, ou de moyens pour faire connoistre lechangement arrivé aux Israélites qui sortentd'une extréme misere, & rentrent dans unestat plus heureux : ainsi leur infortune estmarquée par ces personnes languissantes &abbatuës. Le changement qui s'en fait, e$t fi-guré par la chûte de la Mane, & leur bon-heur se connoist dans la possession d'une nour-riture qu'on leur voit amaſſer avec une joyeextréme. De-sorte que bien loin de trouverquelque chose à redire dans ce Tableau, ondoit plûtost admirer de quelle maniere lePoussin s'est conduit dans un sujet si grand &si difficile, & où il n'a rien fait qui ne soit au-torisé par de bons exemples, & digne d'estreimité par tous les Peintres qui viendrontaprés luy.Ce ſentiment fut celuy non-ſeulement detous ceux de l'Académie qui estoient engrand nombre, mais encore de plusieurspersonnes doctes dans les sciences, & intelli-