LI Guibe
204 ENTRETIENS SUR LES VIESnées de sa vie il ne se fût point abandonnéau jeu. Mais cette pa$$ion qui devint exce$-sive, luy fit presque perdre tout le grandamour qu'il avoit pour la Peinture, & enme$me temps cette reputation dont il e$toitsi jaloux auparavant. Car les pertes considé-rables qu'il fit, l'ayant reduit a une telle ne-ce$$ité, qu'il ne pouvoit comment $atisfaireà ses dettes ; il se mit, pour tirer de l'argentplus promptement, à ne plus peindre quedes demy-figures ; à faire des testes au pre-mier coup, & à finir à la haste des tableauxd'histoire qu'il avoit commencez. Il em-prunta de l'argent à gros interest; il donnaà vil prix tout ce qu'il avoit de fait, & cequ'il faisoit journellement, & mesme se re-duisit comme un simple mercenaire, à tra-vailler à la journée, & à mettre prix à sesheures ; ne songeant plus à rendre ses ta-bleaux considérables par l'étude & par le tra-vail, il les abandonnoit au Public, sous laprotection seule de son nom, & de l'estimequ'il s'estoit acquise.Un ſi grand changement de fortune cauſabeaucoup de troubles dans son esprit, alterasa santé, renversa toutes ses affaires ; enfin,pour vous abreger le recit d'une vie qui n'a