Leon Bap.tiste Albert.
356 ENTRETIENS SUR LES VIESrel, dans les temps auſquels le corps agit pluslibrement. Et c'est pourquoy Leonard deVinci conseille si souvent aux Peintres de n'e-stre jamais sans tablettes, afin de remarquerce qu'ils voyent dans vne infinité de rencon-tres, estant impossible de poser vn modelledans vne attitude aussi naturelle que celle oùnous voyons les personnes qui travaillent, ouqui sont touchées de quelque forte passion.Je comprens bien, dit Pymandre, que lesmouvemens du corps ſont tres-neceſſaires dansles Tableaux, & servent si fort à l'expressiondes sujets, qu'vn Peintre n'est pas habilehomme, s'il ne sçait les representer tels qu'ilsdoivent estre.Non seulement, repris-je, il n'est pas habi-le, mais il peut passer pour ignorant, quand ilpéche dans cette partie, qui dépend du des-sein, comme je vous ay dit.Un de ceux qui ont le mieux écrit de laPeinture, parlant des mouvemens & de lapondération des corps, dit que pour bienrepresenter la situation des membres, & leursdifferentes actions, il faut considerer ce quela nature nous apprend elle-mesme, en re-marquant premiérement que le milieu ducorps est toûjours soumis a la teste. Que si