280 Réflexions critiquesgulier, & donner des mœurs décentes àses personnages ; mais il n'y a qu'un hom-me doüé du génie de l'art, qui puisse sou-tenir ses vers par des fictions continuel-les, & par des images renaissantes à cha-que période. Un homme ſans génie tom-be bientôt dans la froideur qui naît desfigures qui manquent de justesse, et quine peignent point nettement leur objet.ou dans le ridicule qui naît des figures,lesquelles ne sont point convenables ausujet. Telles sont, par exemple, les fi-gures que met en œuvre le Carme Au-teur du poëme de la Magdelaine, quiforment souvent des images grotesquesoù le Poëte ne devoit nous offrir que desimages sérieuses. Le conseil d'un amipeut bien nous faire supprimer quelquesfigures impropres ou mal imaginees;mais il ne peut nous inspirer le génie nécessaire pour inventer celles dont il con-viendroit de se servir. Le secours d'autrui, comme nous le dirons en parlantdu génie, ne sçauroit faire un Poëte.Il peut tout au plus lui aider à se for-mer.Un peu de réflexion sur la destinéedes Poemes François publicz depuis quatre-vingt ans, achevera de nous persua-der que le plus grand mérite d'un poëme
ealea