Réflexions critiques270hommes n'observent point toujours: plu-sieurs même ne l'observent jamais. Ils nelisent point les poëmes pour examiner sirien ne s'y dément, mais pour joüir duplaisir d'être touchez. Ils lisent les poë-mes comme ils regardent les tableaux.& ils sont choquez seulement des fautesqui, pour ainſi dire, tombent ſous le ſentiment, & qui diminuent beaucoup leurplaisir.D'ailleurs les fautes réelles qui sontdans un tableau, comme une figure tropcourte, un bras estropié, ou un per$on-nage qui nous présente une grimace, aulieu de l'expression naturelle, sont tou-jours à côte de ses beautez. Nous nevoyons pas ce que le Peintre a fait de bon,séparément de ce qu'il a fait de mauvais.Ainsi le mauvais empêche le bon de fairesur nous toute l'impression qu'il devroitfaire. Il n'en est pas de même d'un poë-me ; ses fautes réelles, comme une scénequi sort de la vraisemblance, ou des sen-timens qui ne conviennent point à la si-tuation dans laquelle un personnage estsupposé, ne nous dégoûtent que de lapartie d'un bon poeme où elles se trou-vent. Elles ne jettent même sur les beau-tez voisines qu'une ombre bien légere.
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