sur la Poësie & sur la Peinture. 125rendre le maître de soi-même, pour de-venir digne de commander aux autres.Ce dernier s'intéressera bien davantageau caractere que Corneille donne a l'Em-pereur Auguste dans la Tragédie de Cin-na, caractere qui ne touchera que foible-ment le partisan d'Achille.Les peintures d'une passion que nousn'avons pas ressentie, ou d'une situationdans laquelle nous ne nous sommes pastrouvez, ne sçauroient donc nous émou-voir aussi vivement que la peinture despassions & des situations qui sont actuel-lement les nôtres, ou qui l'ont été autre-fois. En premier lieu l'esprit n'est guérespiqué par la peinture d'une passion dontil ne connoît pas les ſymptômes; il craintd'être la dupe d'une imitation infidéle.Or l'esprit connoît mal les passions que lecœur n'a pas senties; tout ce que les au-tres nous en racontent, ne sçauroit nousdonner une idée juste & précise des agi-tations d'un intérieur qu'elles tyranni-sent. En second lieu, il faut que notrecœur ait peu de pente pour les passionsque nous n'avons pas encore éprouvées àvingt-cinq ans. Le cœur a bien plutôtacquis toutes ses forces que l'esprit, & ilme paroît presque impossible qu'un hom-me de cet âge n'ait pas encore senti lesF iij
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