sur la Poësie & sur la Peinture. 551l'Arabe, alloit souvent à Rama (a) pourſçavoir des nouvelles de cette cavalle qu'ilaimoit cherement. J'ai eu plusieurs foisle plaiſir de le voir pleurer de tendreſſeen l'embrassant & en la caressant. Il labai$oit, il lui e$$uyoit les yeux avec sonmouchoir. Il la frottoit avec les manchesde sa chemise, il lui donnoit mille béné-dictions durant des heures entieres qu'ilraisonnoit avec elle. Mes yeux, lui di-soit-il, mon ame, mon cœur, faut-il queje sois assez malheureux pour t'avoir ven-duë à tant de maîtres, & pour ne te pointgarder avec moi. Je suis pauvre, maGazelle, tu le ſçais bien. Ma mignonneje t'ai élevée dans ma maiſon comme mafille, je ne t'ai j'amais grondée ni battue,je t'ai caressée de mon mieux. Dieu te con-serve, ma bien aimée. Tu es belle, tues douce, tu es aimable. Dieu te préſer-ve du regard des envieux, & mille au-tres semblables discours. Il l'embrassoitalors, & il ſortoit à reculons, en lui diſamdes adieux fort tendres. Cela me fait sou-venir d'un Arabe de Tunis, où je fus en-voyé pour l'exécution d'un Traité de Paixqui ne voulut pas nous liver une cavalleque nous avions achetée pour le Haras duRoi. Quand il eut mis l'argent dans le(a) Bourg de la Palestine.
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