Réflexions critiques322plus un Poëte, qui tient toujours unegrande place dans son imagination, &qui lui-même est encore souvent un hom-me de ce caractere d'esprit violent, pourlequel il n'est point de personnes indifférentes, se figure qu'une grande Ville,qu'un Royaume entier n'est peuplé qued'envieux ou d'adorateurs de son mérite.Il s'imagine le partager en deux factionsaussi animées l'une contre lui, & l'autrepour lui, que les Guelfes & les Gibelinsl'étoient contre les Empereurs & pour lesEmpereurs, lorsque réellement il n'y apas cinquante personnes qui ayent prisparti pour ou contre lui, & qui s'inté-ressent avec affection à la fortune de sesvers. La plûpart de ceux en qui il sup-pose des sentimens de haine ou d'amitiétrès décidez, sont dans l'indifférence, &disposez à juger de l'Auteur par sa Co-medie, & non de la Comédie par sonAuteur. Ils sont prêts à dire leur senti-ment avec autant de franchise, que lesamis commençaux d'une maison disent leleur ſur un Cuiſinier que le Maître eſſaye.Ce n'est pas le moins équitable des juge-mens de notre pays.
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