103Réflexions critiquestems. Après s'être ennuié du travail, ilfaut, avant que de se mettre au travail,qu'il se soit ennuié de l'oisiveté.Un Poëte ne dispose pas sans un tra-vail pénible & sans une attention labo-ricuse, l'esquisse d'un long ouvrage. Letravail de limer & de polir ses propresvers, est encore ennuieux. Il est impossi-ble que l'attention sérieuse sur des mi-nuties que ce travail exige, ne fatiguepas bientôt. Cependant il faut la conti-nuer durant longtems. J'en appelle àtémoin les Poetes à qui la persévérancedans ce labeur a manqué. Il est vraique les Poëtes trouvent un plaisir sensi-ble dans l'enthousiasme de la composi-tion. L'ame livrée toute entiere auxidées qui s'excitent dans l'imaginationéchauffée, ne sent pas les efforts qu'ellefait pour les produire : elle ne s'apper-çoit de sa peine que par cette lassitude& par cet épuisément qui suivent lacomposition.Neque idem unquamAEque est beatus ac Poema cum scribit,Tam gaudet in se. (a)Ceux qui compoſent des vers, ſans êtrePoëtes, sont contens de ce qu'ils ont(a) Catull. Ep gr. 20.
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