Reflexions critiques52sorti de son état, quoiqu'il fût déja ungrand Peintre, étoit ſi rempli de ce qu'ilentendoit dire de Raphaël, que lesPrinces combloient à l'envi de présens& d'honneurs, qu'il s'étoit imaginéqu'il falloit que l'Artisan, qui faisoitune ſi grande figure dans le monde, fûtd'un mérite bien supérieur au sien quine l'avoit pas encore tiré de sa médio-crité. En homme sans expérience dumonde, il jugeoit de la supériorité dumérite de Raphaël sur le sien, par ladifférence de leurs fortunes. Enfin leCorrege parvint à voir un tableau de cePeintre si célébre : après l'avoir exami-né avec attention : après avoir pensé àce qu'il auroit fait, s'il avoit eu à traiterle même sujet que Raphaël avoit traitéil s'écria : Je suis un Peintre aussi-bien quelui. La même chose arriva peut-être àRacine, lorsqu'il lut le Cid pour la pre-miere fois.Au contraire rien ne décele mieuxl'homme né sans génie, que de le voirexaminer avec froideur, & discuter desens rassis, le mérite des productiondes hommes qui ont excellé dans l'artqu'il veut professer. Un homme de gé-nie ne sçauroit parler des fautes que lesgrands maîtres ont commises, qu'après
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