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ŒUVRES POSTHUMES DE STENDHAL.
poser pour ce portrait, se soumettre si longtemps au regardscrutateur d’un inconnu, était pour elle une corvée épou-vantable. La chose en était venue à ce point de sérieux, quemadame Boissaux avait eu besoin de se souvenir que la re-ligion lui ordonnait de considérer son mari comme le maî-tre absolu de toutes ses actions importantes pour qu’ellecnosentit à ce portrait. Son frère lui avait répété deux outrois fois, et en exagérant beaucoup à chaque fois, les rai-sons que Féder lui avait données pour se faire préférer legrand artiste dont il a déjà été question.
Valentine fut agréablement et profondément surprisequand, arrivée à la comparaison des deux portraits, elle vitfaiblir toutes les raisons que Féder avait pour se dispenserde faire son portrait; il ne put moins faire que de les ré-péter, puisque la veille il les avait mises en avant, en par-lant à Delangle. Valentine remarqua, avec la finesse natu-relle à une femme d’esprit, quelque peu d’expérience quele hasard lui eût encore donné, que Féder, en comparant leportrait qui était son ouvrage avec le chef-d’œuvre qu’onétait venu voir, devenait un tout autre homme. Cette lèvreinférieure trop avancée était assurément une faute contre labeauté, et Féder la sentait vivement; mais elle annonçaitune certaine possibilité d’aimer avec passion, à laquelle, jene sais pourquoi, il se trouvait extrêmement sensible en cemoment. Il fut saisi d’un désir immodéré défaire le portraitde Valentine; il fallait, pour y parvenir, tenir à Delangleun langage absolument opposé à celui de la veille. Delanglen’était pas homme à modérer la plaisanterie. S’il s’aperce-vait de cette variation dans l'opinion de Féder, il étaithomme à s’écrier : « Ma foi, ma sœur, rendons-en grâces à