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Le Deuil des Primevères : 1898 - 1900
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LE DEUIL DES PRIMEVERES

depuis quAdam et Eve au fond du Paradissurgirent sous les fruits énormes de lumière.

Mon Dieu, jesuis pareil à la plus humble pierre.

Voyez : lherbe est tranquille, et le pommier trop lourdse penche vers le sol, tremblant et plein damour.Enlevez de mon âme, puisque jai tant souffert,lorgueil de me penser un créeur de génie.

Je ne sais rien. Je ne suis rien. Je nattends rienque de voir, par moments, se balancer un nidsur un peuplier rose, ou, sur le blanc cheminpasser un pauvre lourd aux pieds luisants de plaies.

Mon Dieu,enlevez-moi lorgueil qui mempoisonne.

Oh ! Rendez-moi pareil aux moutons monotonesqui passent, humblement, des tristesses dAutomneaux fêtes du Printemps qui verdissent les haies.

Faites quen écrivant mon orgueil disparaisse :que je me dise, enfin, que mon âme est léchodes voix du monde entier et que mon tendre pèremapprenait patiemment des règles de grammaire.

La gloire est vaine, ô Dieu, et le génie aussi.

Il nappartient quà Vous qui le donnez aux hommeset ceux-ci,sans savoir, répètent les mêmes motscomme un essaim dété parmi de noirs rameaux.