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Le Deuil des Primevères : 1898 - 1900
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110
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I 10

LE DEUIL DES PRIMEVERES

LA PETITE VIEILLE

Depuis la rose aurore qui attendais-tu encore?

LA JEUNE FILLE

Je ne sais, je ne sais, grand’mère... Quelque chose...Un vide délicieux gonfle mon cœur ainsique la nuit gonfle le rossignol, et la pluiegonfle les lilas bleus et lourds que le vent brise.

J’ai envie de pleurer, grand’mère.

LA PETITE VIEILLE

As-tu donc prur?

Les loups sont-ils venus sur les fraises sauvages?

LA JEUNE FILLE

Non. Les brebis sont seules passées parmi le bois,et leurs cloches chantaient comme des pluies d’orage.Le chien rude mordait les bâtes aux jarrets.

L’âne baissait la tête et le pâtre priait,

et les bidons sonnaient aux flancs pelés de l'âne.

LA PETITE VIEILLE

Dis-moi? Regagnaient-ils la balsamique montagne?