Druckschrift 
Le Deuil des Primevères : 1898 - 1900
Entstehung
Einzelbild herunterladen
 

SCÈNE PREMIÈRE

Dans sa pauvre maison le poète reçoit la visite d’une petitevieille. Elle porte un cabas usé. Elle est coiffée d'un foulardtombant en pointe sur le dos et bariolé, vêtue d’une robe verte etd’un vieux châle de l’Inde que lui a donné quelque dame. Sa figureest très douce, comme une pomme ridée, avec deux petites gouttesd'azur qui sont les yeux.

La chambre du poète donne sur un jardin où il y a des lilas, destulipes, des fils de rosée rose et bleue et des guêpes. Au-dessusde fleurs de sureaux, trois papillons tressent leurs vols. L’air, laterre, l’eau du gave qui brille au loin sont tellement purs quel’on est dans du reflet de coquille. La cassure de neige des mon-tagnes chavirées, la colline qui a des reflets de plume de paon, lafraîcheur des peupliers sont un étourdissement qui tremble. Unecloche sonne, un char roule,des oiseaux jacassent comme des galetsplaqués l un contre l’autre.

Sur la colline il y a la ma-se épaisse d’un grand bois.

La fin de la scène est au crépuscule.

LE POÈTE

Petite vieille drôle, qu’as-tu dans ton cabas ?