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Le Deuil des Primevères : 1898 - 1900
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LE DEUIL DES PRIMEVÈRES

Si tu n'as pas vu l’aube douce qui brode la nuitet qui allume, au bord des mares, les angéliques,je t’indiquerai l’aube en te fermant les yeuxavec un baiser long comme l’aube elle-même.

Et ton cœur sera plein d’un jour blanc qui se lève,car je te poserai de l’aube sur les lèvres.

Et si tu n’as pas vu ce joli sentimentque Zénaïde Fleuriot a nommé l’amour,je te l’expliquerai lentement, lentement,comme si tu hissais ta bouche vers ma bouche,avec tes genoux ronds pressés à mes genoux.Alors, tu verras ce sentiment qui est l’amour,que l’on cacjte beaucoup et dout on parle tant.

Pourquoi suis-je si jeune, pourquoi dans mon cœur fraisy a-t-il comme un frisson de soir aux noisetiers?

Je suis fou. Je te veux sur le bleu des pelouses,vers sept heures, lorsque la lune au haut du cielpleut sa lumière humide au front des vaches roussesdont la corne porte encore un morceau de soleil.