Voyage
Ann. 1767.Octobre.
I 80
extrêmement. Le lendemain, 24, nous vîmes plufîeurspetits oifeaux de terre ; & , comme les vents conti-nuoient , la voile d’étai de notre grand mât de hunefut déchirée. Le vent s’accrut le refte du jour & pen-dant toute la nuit, & le 25 nous eûmes une tempête.La voile de mifaine & celle d’artimon furent mifes enpièces & perdues. Lorfque nous en eûmes envergué denouvelles, nous virâmes de bord & capeyâmes fous lamifaine rifée & fous la voile d’artimon balancée ; nouseûmes le chagrin d’appercevoir que le bâtiment failoitplus d’eau qu’à l’ordinaire ; nous abattîmes le perroquetfur le tillac, & nous rentrâmes notre ancre à touer.Bientôt après un coup de mer entra dans le vaifleaupar la proue, emporta les dunettes, les harpes & tout cequi étoit furie château d’avant ; nous fûmes cependantobligés de mettre autant de voiles que le vaifleau enpouvoit porter, parce que, fuivant le voyage du LordAnfon , nous étions très-près des ifles Bashée ; & que,fuivant le Commodore Byron, il y avoit terre fous levent, à environ trente lieues de nous.
Le lendemain matin, 26 , nous vîmes autour duvaifleau plufîeurs canards, des efpèces de geais à piedspalmés , quelques petits oifeaux de terre & un grandnombre de taons ; mais nous ne trouvâmes point defond par 160 brades. La pluie forte & continuelle quenous efluyâmes, mouilla jufqu’aux os tous les hommesà bord pendant deux jours & deux nuits. Le tems étoittoujours très-fombre, & les vagues continuoient debattre le vaifleau avec la plus grande violence.
Le 27, la brume, la pluie & la tempête fe fournirent ;