I
Ann. 1766.Septembre.
6 Voyage
feroient trouver beaucoup de difficulté à faire trans-porter quelque chofe de l’intérieur du pays fur lesvaifleaux. Pour comble de malheur , il arriva que lapetite vérole étoit alors épidémique dans cette ifle, oùelle fait d’ordinaire de très-grands ravages ; de forteque je ne permis à aucun de ceux qui n’avoient pas eucette maladie , de defcendre à terre ; je ne voulus pasmême que ceux qui l’avoient eue entraflent dans au-cune maifon de l’ifle.
Nous nous procurâmes cependant de l’eau & quel-ques beftiaux ; & nous prîmes beaucoup de poiffionsavec la feine , que nous jettions deux fois par jour.Nous trouvâmes auffi dans la vallée où nous faifionsde l’eau, une efpèce de pourpier fauvage qui y croifioiten abondance ; ce fut pour nous un rafraîchifîèmenttrès-utile, foit pour le manger crud en falade , foit pourle faire bouillir avec du bouillon & des pois : lorfquenous quittâmes l’ifle, nous en emportâmes une quan-tité luffifante pour fervir à notre ufage pendant unefemaine.
Le 28 , à midi & demi, nous levâmes l’ancre &mîmes à la mer. A fix heures & demie du foir, le Picde Fuego étoit à l’O. N. O. , à douze lieues de dis-tance , &c dans la nuit nous apperçûmes diftinèfementle volcan.
Ce même jour je fis donner à tout l’équipage deshameçons & des lignes , afin que chacun pût prendredu poiflon pour fon propre compte ; mais j’ordonnaien même - tems que perfonne ne pourroit garder lepoiflon qu’il auroit pris, plus de vingt-quatre heures